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Sur la route

C’est à  Pékin que j’ai jeté l’encre de mon porte-plume et plus particulièrement sur ces feuilles de papier électronique. Mon cher lectorat adulé et pourtant peu choyé ces jours-ci, je ne m’attends pas à  produire beaucoup, ni même bien, mais seulement à  vous tenir au courant de mon oiseuse et volatile existence.

Si mon vol s’est déroulé sans encombre, je ne m’attendais pas par contre à  être attendu sur le tarmac par autant d’agents du ministère de la santé publique. En dépit de ma trentaine à  peine entamée, je commence à  mieux saisir tous les enjeux de la fameuse crise de la quarantaine. Toutes ces histoires de grippe porcine ont apparemment bien été prises au sérieux, mais même avec plus de bouteille en matière de méprise que le premier péquin venu, croire que je serais le premier alcidé porteur de la grippe porcine revient à  peu près à  m’imaginer avec la queue en tire-bouchon, ce qui entre nous ne manque pas de culot.1 Toutefois, malgré mon inquiétude croissante au moment de la prise de température, les services d’immigration et de protection de la nature ne sont pas restés en froid avec moi et m’ont accordé la permission de séjourner en ces terres hospitalières.

Plutôt que de vous narrer les indécentes conditions de vie des volières pékinoises et de modifier le chant des partisans en évoquant le vol noir des corbeaux qu’on enchaîne, je vais vous parler de mon avatar touristique dont je suis bien placé pour vous dire qu’il est des plus malhabiles. Malhabile ne veut pas forcément dire que ce brave garçon soit mal habillé mais qu’il est tout aussi dangereux que ce spécimen de blondin à  chaussure noire2 dont l’habillage est particulièrement redoutable.

Ce jeune homme fait ce qu’il peut pour se déplacer lui-même, à  ses risques et périls3 en évitant soigneusement d’être en travers de la route et même en travers du chemin de quelqu’un d’autre. En piéton aguerri et néanmoins pacifiste, il préfère de loin appliquer la politique des petits pas, car il ne voudrait pas qu’on puisse dire de lui qu’il fait le grand blond en avant ; cela n’aurait pour ainsi dire pas de sens puisque cette créature se distingue des autochtones, de par ses yeux noirs et ses cheveux noirs quoiqu’un peu poivre et sel, tandis qu’eux se distinguent par leurs cheveux noirs et leurs yeux noirs. Mon lectorat comprendra que de tels détails oculo-capillaires ne pouvaient être tenus au silence et sont immanquablement nécessaires à  la poursuite de cette chronique des plus terre à  terre. En effet, ce n’est pas pour jaboter, mais en me trouvant dans un pays réputé pour être dirigé par un homme de grand secours4 , il était impossible que je n’évoque pas le système routier de la ville dans laquelle séjourne mon avatar humain.

La circulation pékinoise est remarquable par plusieurs aspects qui dépassent l’entendement du Français moyen, bien qu’il la jugerait un tantinet assourdissante. Malgré bien des efforts pour consacrer la légitimité du code de la route, c’est la loi de la jungle (urbaine) qui s’est imposée sur le bitume. La circulation routière locale est hiérarchisée de la manière suivante : au bas de l’échelle alimentaire se trouve le piéton qui avale les kilomètres avec beaucoup de difficulté et qui ne doit son salut qu’aux feux tricolores qui lui permettent de traverser une rue presque sans encombre.
Juste au dessus, se trouvent les deux roues, qui sont tantôt actionnés soit par un pédaleur forcené soit par un moteur bien alimenté en essence. Cette espèce vélocipède aime se faire remarquer soit par le tintement plus ou moins prolongé de sa sonnette, soit par un petit klaxon, soit très rarement en donnant de la voix voire même de façon anecdotique en chantant.
Au dessus de cette hiérarchie, blindé de métal et muni de quatre roues, se trouvent la voiture et l’autobus qui régissent sans pareil les artères de la capitale en laissant leurs puissants klaxons vociférer leur présence au reste de la population. Leurs pots d’échappement régurgitent une fumée qui s’envole former la masse grise si caractéristique du ciel de Pékin. Parmi les voitures les plus pressées, on en remarque certaines aux vitres teintées de noir et qui ne laissent rien paraître de leur conducteur. Vous aurez évidemment deviné qui sont ces créatures qui préfèrent disparaître aux yeux du reste de la population : il s’agit évidemment d’hommes des casernes. Pour vivre heureux ils doivent vivre cachés et reclus du reste de la société à  l’intérieur des garnisons, et ne sortent qu’au grand jour et en grand nombre le quatorze juillet5 . Lorsqu’ils ne peuvent faire autrement, ils empruntent des véhicules au teint noirâtre dont on peut redouter hélas qu’ils soient du genre hummer tendance massacrante. Pour les reconnaître, ils possèdent des plaques minéralogiques spécifiques et l’habitude de ne jamais marquer ni les stops ni les feux tricolores.

Pensant pouvoir échapper au triste record mondial d’insécurité routière qui échoit annuellement aux autorités de ce splendide pays, de plus en plus de voyageurs préfèrent remettre leur vie entre les mains d’un conducteur souterrain. En effet, ailleurs dans cette chaîne alimentaire, on trouve de plus en plus de bouches de métro qui engloutissent toujours plus de nouveaux passagers. Il en a tellement ouvert depuis les jeux olympiques que l’on pourrait presque dire que cette ville est bavarde, peut-être pas seulement à  la sortie des bureaux. Ventilé ou climatisé, le métropolitain pékinois fait rêver l’usager typique du RER B section nord qui ne renonce jamais à  choisir le chemin le plus tortueux pour arriver à  destination.6

Toujours prompt à  montrer l’étendue de ses largesses, et face au nombre croissant des voitures, le gouvernement chinois a revu son réseau routier de sorte qu’il s’étende en routes larges7 permettant aux cyclistes de ne pas être embarrassés par l’afflux croissant de véhicules à  quatre roues comme la voiture, le quatre-quatre ou l’autobus puisque les deux roues peuvent circuler sur leur propre voie.

Les véhicules motorisés dont la presse européenne a souligné à  juste titre les faiblesses sécuritaires engorgent la capitale mais ont bonne mine aujourd’hui. Toutes sont de fabrication récente et montrent que la République populaire de Chine est un État communiste qui a beaucoup mieux à  proposer que des Trabants. Évidemment, l’apparente solidité de ces véhicules n’est valable que dans les villes les plus développées.

Au cours de ses aventures pédestres, l’avatar touristique de monsieur Pingouin a remarqué que le code de la route était une notion vaguement respectée. Un automobiliste étranger ayant passé son permis chinois lui expliquait que la limitation de vitesse n’intervenait jamais dans les questions posées à  l’examen ou pendant les séances d’instruction. Intrigué lui-même, l’homme en question posa la question à  un professionnel de la route, un chauffeur de taxi, qui lui répondît qu’il s’agissait là  d’une question piège puisque lui-même doutait de la bonne réponse qu’il estimait se situer entre 50 et 60 kilomètres-heure lorsque rien est indiqué.

Mon avatar touristique n’étant jamais à  l’abri d’un faux pas, il redouble de vigilance à  chaque intersection. En Europe le piéton est le roi absolu tant du trottoir que de la chaussée. A Pékin, ils sont sujets à  précaution tant ils doivent être vigilants.

En guise d’anecdote, un chauffeur de mon avatar touristique fut contrôlé par un agent de la circulation qui le soumit à  un test d’alcoolémie dont le résultat fut négatif en dépit de ce qu’il avait copieusement ingurgité. En fait, cette personne a inspiré au lieu d’expirer. Cela devrait vous aider à  comprendre à  quel point la sécurité routière est un enjeu dans ce pays. En tout cas, on a beau être prudent, un accident est si vite arrivé.

  1. Et c’est même vous dire si ça part en vrille comme disent certains jeunes d’aujourd’hui. []
  2. Chaussure noire au singulier, non pas parce que le grand blond était unijambiste mais parce que seulement l’une de ses chaussures était de couleur noire. []
  3. ou Astérix et périls comme dirait le bon Gaulois qu’il est. []
  4. Monsieur Roux en l’occurrence. []
  5. La date avancée ici est particulièrement hexagonalo-centrée, et l’auteur s’en excuse parce que ce n’est pas très carré de sa part. En fait, il faut lire que les hommes des casernes chinois sont de sortie le premier octobre. []
  6. Pour mon lectorat non-hexagonal et surtout non-banlieusard, voici une comparaison peu commune et exagérée : si les rois mages avaient emprunté le RER B pour arriver à  destination, leur fameuse galette se mangerait aujourd’hui aux alentours du mois de juillet… []
  7. Des routes larges permettant évidemment le passage de chars pour les défilés militaires et non pas pour pratiquer la répression à  l’encontre d’éventuels fauteurs de troubles comme se l’imagine mon lectorat paranoïaque adepte de la subversion. []

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