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L’affaire est-elle vraiment dans le sac ?

Depuis quelque temps, deux objets d’art alimentent le différend sino-hexagonal. Provenant d’une fontaine zodiacale1 bâtie suivant les plans d’un talentueux jésuite italien2 chargé de la restauration du palais d’été de sa majesté impériale, ces petites têtes de bronze aussi détachées de la fontaine que le fromage du bec du corbeau après la tirade du renard3 n’ont pas fini de faire tourner celles des défenseurs de la culture chinoise.

En ces temps où l’on évoque volontiers que la récession est partout y compris dans les départements ultra-marins, il faudrait peut-être cesser de faire croire que l’art est cession même s’il est paraît-il un don de soi. Pourquoi ? Parce que l’on ne peut pas dire que le détenteur de ces deux objets, Pierre Bergé, soit enclin à céder aux Chinois. Ce n’est pas pour jaboter, mais si je comprends bien qu’aujourd’hui l’heure n’est plus aux concessions avec ces personnes, il est tout de même regrettable qu’elles aient pu être autrefois faites au son du canon.

En effet, pour obtenir des concessions, les deux puissances impériales britannique et française pensaient très fortement que pour négocier avec la Chine, il fallait indubitablement que l’affaire soit dans le sac. Parfaits débutants en matière de libéralisme diplomatique, ou alors ayant pris les choses visiblement au pied de la lettre, les deux grands du 19ème siècle s’évertuèrent paradoxalement à pratiquer l’ouverture de la Chine impériale au commerce avec toute la fermeté qu’une mise à sac peut suggérer.

Ces deux pièces détachées, dont l’acquisition remonterait le moral et l’orgueil de la République populaire de Chine, ont été rapportées sur le vieux continent après le fameux sac de l’ancien palais d’été qui est en fait le jardin de la clarté parfaite4 . Ce qu’il nous faudrait peut-être c’est le montage de ces pièces. Pourquoi ? Parce que si les pièces sont montées, cela voudra dire que la France et la République populaire de Chine convolent en justes noces, et que leur froid n’en a que trop duré. Ceci dit, ne hâtons pas pour autant notre plaisir, nous n’en sommes pas aux pièces, les alliances n’ont même pas été échangées.

Depuis que la torche olympique a eu du mal à briller lors de son passage en France, et que la répression chinoise à Lhassa a effrayé monsieur et madame Tout-le-monde, les amis de monsieur Roux5 mènent la vie dure au gouvernement actuel en surveillant et en fustigeant les Français qui rencontrent le dalaï-lama, tandis qu’ils ne trouvent rien à redire lorsqu’un chef de gouvernement britannique ou allemand le reçoit et le congratule.

C’est assez déplorable, mais s’ils essaient de faire croire au reste du monde qu’ils ont perdu la face à cause de la Gaule, alors par Toutatis ! Que le temple du ciel leur tombe sur la tête ! Car après tout, les irréductibles gaulois avaient déployé plus de membres des forces de l’ordre pour l’éphémère venue d’une flamme olympique que pour une flambée de violences à Villiers-le-Bel.6 Alors est-ce que ce serait trop leur demander d’être fair-play, ou est-ce qu’il faut nous habituer au fait que nos amis chinois populaires ont vraiment plus d’un mauvais tour dans leur sac ?

  1. Du zodiaque chinois. []
  2. Giuseppe Castiglione. []
  3. Ou aussi détachées que Louis XVI de son cou après la guillotine. Comme vous préférez. []
  4. Ce n’est pas pour jaboter, mais l’incendie du Yuanming yuan (l’ancien palais d’été) n’est pas l’idée des Français. Si les hommes du corps expéditionnaire de sa majesté impériale Napoléon III ont bien participé les premiers à son pillage, l’ordre de l’incendier revient aux Britanniques et plus particulièrement à un certain Lord Elgin dont le grand-père, autre spécialiste en disparition de patrimoine culturel, s’était chargé de dé-marbrer euh démembrer le Parthénon en 1801. Par la suite, les deux mêmes puissances et six autres toutes aussi peu concernées par la préservation de ces vestiges culturels se chargèrent de poursuivre le pillage pendant la guerre des Boxeurs. Curieusement, on le clame beaucoup moins, mais la révolution culturelle d’un certain Mao a aussi une part de responsabilité dans le saccage du patrimoine chinois sauf que c’est un sujet tabou. []
  5. Hu Jintao. []
  6. 1 000 pour Villiers-le-Bel contre 3 000 pour la surveillance du parcours olympique. Par comparaison avec les villes de Londres et de San Francisco, 2 000 officiers de police furent déployés pour un nombre de spectateurs attendus beaucoup plus important qu’à Paris. []

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