2009 sera vôtre (2)
Reprenons où je l’avais laissé ce catalogue commémoratif qui me permet de reprendre du vieux sous prétexte qu’il est question de faire du neuf.
1979
En février la révolution islamique mit un terme à un régime adepte des chaises musicales mais surtout du cha cha cha. Revenant d’une fugue à Bagdad puis à Neauphle-le-château, et bien décidé à exporter la révolution comme d’autres exportent des disques, le meilleur ami de Titi fit malgré tous ses efforts un tollé sur la scène internationale, lorsque manquant définitivement d’audience dans le monde occidental, il fit contraindre une chancellerie états-unienne à subir un pénible bide & breakfast long de 444 jours pour les moins chanceux des 53 employés.
En extrême-orient, prétextant agir au nom de l’Amour tel que les Chinois et les Soviétiques le concevaient 10 ans plus tôt, les Viêtnamiens décidèrent d’en terminer avec la folie des Khmers rouges et s’invitèrent à Pnomh Penh au nom de l’ingérence humanitaire. Ce fut un autre tollé international. La république populaire de Chine en personne1 vint même infliger une rapide et sévère correction au Viêtnam, à moins que ce ne soit l’inverse qui se soit produit, car en effet les deux parties réclamèrent chacune la victoire. Les parents des victimes, eux, surent ce qu’ils avaient perdu.
L’Europe, celle au drapeau constellé, organisait les premières élections parlementaires européennes auxquelles l’électorat peinera encore à se déplacer cet été. Fière de son succès relatif, l’Europe décida de briller jusqu’au firmament en lançant des fusées dans le vide de l’espace à peine occupé par les satellites de l’Union Soviétique et des États-Unis. Depuis la Guyane, les Européens exultèrent quand Kourou fit bondir la fusée Ariane, certains allant même jusqu’à s’exclamer fièrement en se penchant sur leur beau bébé : « C’est dans la poche ! ».
Craignant de perdre de nouveaux marchés, l’URSS se mit de nouveau en marche et essaya d’apporter le soir du 24 décembre le socialisme comme cadeau à l’Afghanistan en voulant en faire définitivement un autre pays satellite. Les soldats de l’armée rouge, grimés en distributeur de cadeaux international crurent qu’ils pourraient berner les habitants de ces contrées qui n’avaient pas encore goûté tous les bienfaits de la civilisation communiste brejnévienne. Le-dit Brejnev se serait exclamé au moment des faits « Ce soir, camarades, on va leur faire la fête ! », ce à quoi les Afghans lui répliquèrent pour lui montrer qui tenait vraiment les rênes : « C’est ce que nous verrons, sale chien soviétique ! Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes encore les maîtres chez nous. » Et ce fut le cas, car bien qu’étant aussi barbus que le Père Noël, les résistants résidents tirèrent à bonnets rouges sur les nouveaux envahisseurs qui évacuèrent définitivement le territoire en février 10 ans plus tard.
1989
Ce fut cette année que le rideau de fer fut renvoyé à la quincaillerie, et que les parpaings berlinois étaient bradés en ce jour du 9-11 européen qui en commémore un autre, de bien plus triste mémoire, au cours duquel des activistes nationalistes et socialisants allemands s’évertuèrent à briser la glace en tenant des conversations très animées avec d’autres compatriotes, eux de confession israélite, qui se demandaient bien pourquoi on cassait les vitrines de leur magasin.2
C’est aussi en 1989 que Frederik de Clerk, à peine élu en Sud Afriquie3 décidait de blanchir la mauvaise réputation de son pays en abolissant progressivement le lynchage des couleurs séparément.
En début d’année en Chine continentale, on ne put pas dire que « Lhassa, gaie ! » fut la devise ou le fer de lance de la politique du jeune monsieur Roux4 ; surtout lorsqu’il déclara l’État d’urgence après que des Tibétains s’interrogèrent sur les conditions de la mort de leur panchen lama qui avait cessé de hennir, et que monsieur Roux aimait parait-il traiter d’ongulé.5
Toujours sur le continent, mais en avril cette fois, des étudiants de la capitale séchèrent leurs cours afin de se rendre aux funérailles d’un autre monsieur Roux, qui, lui, répondait au doux nom de Hu Yaobang. Du peu que la mémoire collective veut bien retenir de lui, on sait qu’il fut un ancien secrétaire général du parti un peu plus permissif que les autres surtout à l’égard des manifestants, et que pour cette raison on lui demanda prématurément de partir en retraite. Saisissant l’occasion de se rendre à ses obsèques, les étudiants en profitèrent pour manifester leur hostilité au gouvernement de Dingue XiaoPing. Devant le désordre ambiant, le doux Dingue écouta son pote Li Peng qui trouvait qu’il fallait harmoniser un peu cette pagaille à coups de char d’assaut. Chanceux qu’un certain soviétique à tache de sang frontale soit en visite à ce moment-là, l’un des manifestants put s’écrier devant les médias internationaux : « Hé, camarade, arrête ton char ! ». Le reste du monde occidental, alors profondément choqué par l’usage peu charmant des armes qu’en faisait l’homme des casernes chinois populaire, estima qu’il était temps de rendre moins populaire la vente d’armes en Chine continentale au moyen d’un embargo.
En décembre 1989, le communisme roumain offrait pour Noël un cadeau télévisé à tous ses citoyens au son des vivats de la foule qui s’exclamait en se débarrassant de son dictateur : « O Bella Ciao, bella ciao, ciao Ceaucescu. » . Tak ! Tak ! Tak ! Tak ! Tak ! Et Rideau.
1999
Ce fut une année où le monde aurait manqué de basculer dans la guerre de la tomme à cause des bévues de l’alpinisme indo-pakistanais au Ladakh. Un an à peine après avoir rejoint le club des nations fromagères, l’Inde et le Pakistan se firent très peur en très haute altitude cet été là quelque part dans un bout du monde appelé Kargil, où de prétendus moudjahidines Pakistanais avaient décidé de bivouaquer et de planter leur drapeau sans se soucier du fait qu’un fanion indien y flottait déjà. Après bien des envolées lyriques multipliées au sujet de coups de feu échangés plutôt que de bons baisers, l’escalade atteignit le point où il fallut qu’un grand fumeur de cigares du nom de Clinton n’incite l’Inde et le Pakistan à redescendre un peu sur terre et à mettre en place un cessez-le-feu. Quant à la descente en rappel, pour ne pas dire la chute de cette sombre histoire, elle sera incarnée par le gouvernement pakistanais de Nawaz Sharif, déposé par un certain Musharraf, un homme des casernes alors en pleine ascension politique.
Dans un pays humide où l’on ne dit pas pour rien : « Venez, essuyer là ! », dans ce pays tropical qui est un des plus arrosés de la planète et pas seulement lorsqu’il y est question de corruption, il est capital de savoir que dans ce pays on n’aime pas faire les choses à moitié sous prétexte que les quarts agacent.6 C’est d’ailleurs en 1999 qu’un homme entier de caractère et néanmoins des casernes commençait à gouverner et à occuper l’espace médiatique international de façon unique, ce qui est sans doute la seule consolation des détracteurs de Hugo Chavez.
D’ailleurs en parlant de yougos, alors que la Sud Afriquie avait définitivement cessé le lynchage des couleurs séparément quelques années plus tôt, l’OTAN dut intervenir en ex-Yougoslavie, où la laverie ne faisait plus recette, en effet le nettoyage ethnique l’avait sinistrement rendu obsolète.
Toujours la même année, après avoir vu chuter un certain dictateur indonésien, l’État le plus peureux de la planète, l’État timorais oriental, accédait enfin à l’indépendance vis à vis de celui qui s’était permis de l’envahir une trentaine d’années plus tôt.
Mais surtout, 1999 fut retenue comme étant l’année de tous les dangers en raison de la peur du bogue de l’an 2000. Très préoccupé par ce sujet, le président russe Boris Eltsine se demanda quel Premier ministre était le plus à même de rester en poste l’année suivante. Changeant deux fois de gouvernement dans l’année, Boris Eltsine expérimenta différents personnages dont il finit par se dire que Vladimir Vladimirovitch Poutine devait lui succéder, ce en quoi ce dernier était d’accord. Se rendant compte dans un éclair de lucidité que sa fonction présidentielle ne passait pas l’an 2000, Boris Eltsine décida d’éviter le bogue en démissionnant in extrémis avant les douze coups de minuit. Grâce à ce geste, il put vivre loin des tracas de la vie politique jusqu’en avril 2007.
Et nous voici maintenant en 2009, que vous allez construire mieux que ce que les autres ont pu d’ores et déjà faire jusqu’à présent.
- Amie et sponsor, et qui sait peut-être imprésario, du régime des Khmers rouges. [↩]
- À ce sujet je tiens une anecdote invraisemblable. En effet, ce tragique épisode de l’histoire aurait parait-il servi de leçon à un jeune vitrier états-unien du nom de William Gates qui aurait alors parfaitement compris ce que voulait dire se tenir à carreau ; une maxime dont on ne peut pas dire qu’il n’en fit pas son atout lorsqu’il créa Mini-Mini-doux. [↩]
- La Sud Afriquie est une appellation de Pierre Desproges. [↩]
- Rougine Tao de son sobriquet pingouinier, lorsqu’il était secrétaire en charge du Tibet [↩]
- Oui, le lama est un ongulé, au même titre que le cheval, ce qui doit expliquer pourquoi son cri est le hennissement. [↩]
- Il est aussi capital de savoir que l’écart entre les pauvres et les riches agace. [↩]














12 janvier 2009 at 10:09
Bravo pour ce joli billet !
12 janvier 2009 at 21:50
Cher Toréador,
Content qu’il t’ait plu. Bonne année 2009 au passage.